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Mobile Money en zone CEMAC : 8000 milliards de possibilités


Olivier Ona - 13 août 2019 - 5 commentaires

Les chiffres sont vertigineux mais surtout reflètent le dynamisme de la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) dans le marché du mobile money.

En effet, si l’on regarde la valeur des transactions en monnaie électronique dans la zone CEMAC après le rapport de la Banque des Etats de l’Afrique Centrale on constate depuis 2015 une progression vertigineuse.

En 2016 la zone CEMAC a généré 1.185 milliards de franc CFA soit 1.8 milliards d’euros et deux ans après la même zone passait à 8.300 milliards de francs CFA soit 12.65 milliards d’euros !

Rien que dans la zone CEMAC on dénombre pas moins de 6.7 millions d’utilisateurs actifs ce qui n’est pas rien dans un marché qui subit des crises multiformes (rareté des devises…).

Il faut tout de même le rappeler, la CEMAC regroupe six pays que sont le Gabon, le Cameroun, la République centrafricaine, la République du Congo, la Guinée équatoriale et le Tchad.

Alors pourquoi en tant que professionnel du digital et surtout tech entrepreneur je m’intéresse au mobile money et à sa data ?

Simplement pour trois raisons :

  • Je crois fermement que l’inclusion financière passera par le digital donc par ricochet le mobile money.
  • Je crois fortement que le mobile money nous offre l’opportunité de développer le e-commerce.
  • Je crois à une véritable intégration sous régionale dans la zone CEMAC.

Je vais étayer mes propos en me référant au rapport Accès digital publié dans le Global Findex[1] de la Banque Mondiale début Août 2019 qui annonçait déjà que le digital était l’avenir de l’inclusion financière en  Afrique soutenue par les conclusions du rapport de la Société Financière Internationale (groupe Banque Mondiale) en collaboration avec la fondation Master Card pour l’inclusion financière.

Ce rapport nous apprend par exemple que les pays d’Afrique de l’Ouest sont largement plus avancés sur la tendance services mobiles financiers. Déjà depuis 2014 la totalité des gains étaient générés par l’argent mobile et non par les banques classiques. D’ailleurs le rapport ressort la différence entre 2014 et 2017 au Sénégal ou le taux de pénétration est passé de 6 à 32% en trois ans seulement !

Evolution d’ailleurs confortée par les statistiques de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) qui fin 2017 faisaient état de 5.38 millions de comptes au Sénégal contre 4.40 millions un an plus tôt !

La valeur des transactions via la monnaie électronique elle,  connait une hausse de 120% soit 2,2 fois supérieure en 2016 ! Soit une croissance globale de 21% dans la CEDEAO et d’ailleurs plus importante que celle relative aux banques classiques sur la même période chiffrée à 4%.

8000 milliards plus tard

Les chiffres sont affolants et nous pouvons remarquer que chaque année le mobile money prend de l’avance sur le système classique et ce n’est pas pour rien que dans certains états de la Communauté Economique et Monétaire d’Afrique Centrale (CEMAC), les autorités souhaitent surtaxer les transactions de mobile money à hauteur de 1.5% (cas du Gabon ou l’Etat a vite changé de fusil d’épaule).

Au Gabon par exemple, pour chaque transaction de moins de 255.000 Francs CFA, l’opérateur de téléphonie mobile prélève 3% du montant transféré ce qui revient à dire qu’avec la double taxation on parlera de 4.5%.

Mais pourquoi je parle de double taxe ? Tout simplement parce qu’une entreprise paie non seulement l’impôt sur les sociétés (IS), paie la TVA mais aussi la Contribution Spéciale de la Solidarité  (CSS) et ce n’est pas tout! Toutes ses taxes et impôts vont déjà dans les caisses de l’Etat donc les entreprises sont déjà taxées à la base.

Même si de mon point de vue je pense que l’idée peut-être murie d’une autre façon et non pousser les opérateurs à revoir également leurs tarifications surtout dans nos économies instables, qui peinent à anticiper certains changements ou à véritablement amorcer une politique de diversification de leurs économies.

Aujourd’hui surtaxer les transactions de mobile money c’est porter un gros coup à tout un écosystème mais surtout mettre en péril l’inclusion financière et par ricochet le développement du e-commerce.

Dans mes investigations, j’ai cherché à comprendre comment un état, même souverain, vivant dans un écosystème régulé de type CEMAC pouvait surtaxer le secteur du mobile money sans au préalable la concertation du conseil des ministres des états membres voir de la Commission Bancaire de l’Afrique Centrale (Cobac).

Oui car dans un secteur qui a généré près de 8000 milliards de Francs CFA en 2018, il est évident que les états subissant de plein fouet les soubresauts de la conjoncture économique voudront à coups sûrs tirer de nouveaux revenus substantiels pour atténuer ainsi les coups de la récession et garder un improbable sentiment de stabilité économique (et politique ?).

Mais là encore, le problème est bien plus grand, l’impact est bien plus dommageable surtout comme dis plus haut pour nos économies largement dépendantes des cours du pétrole.

Trop d’impôts tue l’impôt ou encore trop de taxes tuent les taxes !

Peut-on dire même si l’esprit de concertation n’est pas monnaie courante dans la CEMAC car le plus souvent les grandes décisions politiques et économiques sont prises en aparté et le plus souvent au détriment des PME et autres startups.

Parlons de startup vue que c’est ce qui nous emmène ici car lorsque l’on regarde les chiffres du mobile money on se demande bien pourquoi les startups peinent à exploser et à tirer profit de ce jackpot tant convoité par les gouvernements ?

Déjà pour permettre l’épanouissement des startups donc des entrepreneurs il faut régler trois problématiques :

  • La qualité du réseau internet dans le pays
  • Les prix de la connexion internet dans le pays
  • La fiscalité dans le pays

Et d’ailleurs, je pourrais rajouter une quatrième problématique qui serait la qualité des infrastructures routières même si dans certains pays de la sous-région tels que le Cameroun, de jeunes entrepreneurs se sont lancés dans la production de drones made in Africa.

Alors, qu’en est-il de la qualité du réseau internet dans la CEMAC ?

Chaque année nous lisons quasiment tous le rapport de la Worldwide Broadband Speed League qui le publie et donne ses analyses sur la vitesse de téléchargement dans 200 pays dans le monde.

Pour l’édition 2019, le Gabon est classé premier de la CEMAC à la cent quatre-vingt sixième place mondiale comme vous pouvez le constater sur le classement ci-dessous :

Rang CEMAC Rang mondial Pays Moyenne ou vitesse de téléchargement (Mbps)
01 186 Gabon 1.26
02 194 Cameroun 1.03
03 198 Congo 0.93
04 206 Guinée équatoriale 0.51

NB : Dans ce rapport aucunes données statistiques sur le Tchad et la République centrafricaine !

Je tiens tout de même à signaler que depuis 2017, Madagascar occupe régulièrement la première place en Afrique et que les pays de la CEMAC sont loin derrière ceux de l’Afrique de l’ouest et de l’est ! Et d’ailleurs nous sommes bons derniers !

Les prix d’accès à la connexion internet dans la CEMAC ?

Quasiment tous les rapports le disent, par rapport au reste du monde, c’est dans la CEMAC que l’on trouve les prix les plus élevés comparativement au reste de l’Afrique !

Selon le rapport 2018 de l’établissement financier Ecobank baptisé : The high cost of mobile data in Sub – Saharan Africa, le prix médian d’un giga de données mobiles s’élève à plus de 7 dollars soit 5.96 euros en Afrique subsaharienne comparativement au 3.5 euros dans l’Union européenne.

Voici les prix en dollars d’un giga de données mobiles dans la CEMAC :

Cameroun 5.16
Gabon 5.62
République du Congo 11.97
Tchad 13.6
Guinée équatoriale 35.5
République centrafricaine NC

Comme vous pouvez le constater, le Cameroun est le pays le moins chère en terme de prix du giga de données mobiles dans la zone CEMAC lorsque la Guinée équatoriale va jusqu’à 35.5$ !!!

La fiscalité dans la CEMAC

Là encore les chiffres sont effroyables et vont dans le même sens en faisant de la CEMAC la zone commerciale la plus chère en Afrique.

En parcourant ce tableau, extrait du rapport Paying Taxes du cabinet d’audit PricewaterhouseCoopers (PwC) en collaboration avec la Banque Mondiale et datant de fin 2016 nous pouvons remarquer à quel point sans une véritable politique pour les startups, il nous sera difficile d’atteindre nos objectifs de diversification de nos économies.

Déjà, pour ce qui est relatif au taux d’imposition moyen en Afrique, il s’élève à 47.1% du résultat commercial des entreprises exerçants en Afrique.

Plus d’informations en parcourant le tableau ci-dessous :

Rang africain(53) Rang CEMAC(6) Pays %
30 1 Gabon 45.2
41 2 République du Congo 54.3
44 3 Cameroun 57.7
46 4 Tchad 63.5
50 5 Centrafrique 73.3
51 6 Guinée Equatoriale 79.4

In fine après lecture de ces données ils s’avèrent difficile non seulement d’entreprendre dans la CEMAC mais surtout que l’écosystème n’est pas propice à une véritable intégration sous-régionale.

Déjà avec l’annonce de la monnaie unique en Afrique de l’ouest, ECO, on se demande bien comment nos économies réagiront étant donné que le Francs CFA de la zone CEMAC perd sa valeur au change une fois en zone UEMOA.

Alors qu’adviendra-t-il du Francs CFA de la zone CEMAC une fois la nouvelle monnaie baptisée ECO mise sur le marché ? Qu’adviendra-t-il du niveau des échanges entre la CEMAC et la CEDEAO ? Quelles seront les répercussions économiques dans la zone CEMAC ? Car il est clair que des répercussions il y en aura déjà entre le Cameroun et le Nigéria pays frontaliers qui échangent énormément par exemple.

Les années à venir seront cruciales et ce qui me vient surtout à l’esprit aujourd’hui est comment allons-nous réagir face à l’Eco ? Allons-nous réagir en renforçant notre cohabitation donc en écrivant une histoire différente de celle que nous connaissons aujourd’hui ?

En conclusion je crois que le salut des startups de la zone CEMAC passera par une mise à niveau afin d’être aligné aux standards internationaux et surtout un arrimage à la zone CEDEAO car avec l’arrivée prochaine de ECO en Afrique de l’ouest les états ont décidé la création d’une zone de libre échange qui sera domiciliée au Ghana.

Qui dit zone de libre-échange dit qu’il nous sera difficile d’exporter nos solutions dans cette zone de plus de 100 millions d’habitants !

Alors, l’Afrique de l’ouest, futur eldorado des startups de la zone CEMAC ? L’avenir nous le dira tôt ou tard !

Pour revenir aux 8000 milliards de Francs CFA générés en 2018 par le mobile money dans la zone CEMAC, les chiffres nous montrent clairement qu’il nous sera difficile d’assister à l’émergence de championnes du e-commerce car tout reste à faire en termes de réformes fiscales (réduire la pression fiscale sur les startups avec des zones tampons dites zones économiques spéciales) ou de réduction des coûts de la connexion internet. Cela va d’ailleurs dans les deux sens que ce soit du point de vue des tech entrepreneurs comme des populations.


[1] Global Findex : Base de données de la Banque Mondiale

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5 commentaires

  1. Duval

    Cependant comme tu le dis si bien dans l’article avec un coup le plus élevé d’Afrique et une surtaxation flagrante il est difficile d’initié des start up dans c domaine en zone cemac où même faire du e.commerce
    Le mieux si l’éco est adopté serait de ce délocalisé en zone umeoa
    Côté ivoire, Nigeria où Sénégal
    Merci pour l’article est bonne fête de notre speudo indépendance

  2. Aristide Mebodo

    Article pertinent et bien rédigé. Nous voulons plus d’articles de ce genre. 😁

  3. Kofi Sika Latzoo

    Des analyses pertinentes qui permettent de comprendre l’environnement financier de l’Afrique Centrale.

    • Yann Gavin

      Tes analyses sont dignes d’experts, non seulement elles sont pertinentes mais elles nous apprends nous qui sommes profane du domaine du Mobil money.

      Les travail est bien expliquer et le secteur est vraiment croissant de quoi donner encore plus des idées, à ses opérateurs du secteur

  4. Rachidatou

    Très pertinent!
    On découvre comment l’internet hors de prix et les taux d’imposition rendent difficile le développement des e-commerces en zones CEMAC.

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